Naissance le 7 juillet, à Namur, de Félicien, fils unique de Nicolas-Joseph Rops et Sophie Maubille. Le père fait commerce d’indiennes, des tissus imprimés « aux couleurs de l’arc-en-ciel » par des procédés analogues à ceux de l’impression sur papier. Il est passionné de floriculture et de musique. On le dit ami du violoniste Charles-Auguste de Bériot.
1843
Après avoir suivi l’enseignement de précepteurs particuliers,
Rops est inscrit chez les Jésuites, au collège Notre-Dame de la
Paix de Namur. J’y ai appris un tas de choses inutiles qui ont fait le
charme de ma vie, écrira-t-il.
1848
Elève doué, particulièrement en latin, il se plaît
à caricaturer ses professeurs.
1849
A la mort de son père, le 7 février, Félicien est placé
sous l’autorité d’un tuteur, son cousin Alphonse Rops, échevin
à Namur, avec qui il ne s’entendra jamais. En juin, Rops quitte
le collège des Jésuites pour poursuivre ses études à
l’Athénée de Namur. Il est également inscrit à
l’académie des Beaux-Arts de Namur où il suit l’enseignement
de Ferdinand Marinus, un maître qui sut insuffler à ses élèves
moins l’idéal romantique dont il était devenu un des chantres,
que l’amour de la nature et du paysage mosan. Nombre de ses élèves
contribueront à l’éclosion du paysagisme belge dans la seconde
moitié du XIXe siècle.
1851
Rops s’inscrit à l’Université libre de Bruxelles pour
une candidature en philosphie, préparatoire au droit. Il y retrouve plusieurs
amis namurois et noue de nouvelles relations dont une, capitale, avec l’écrivain
Charles De Coster. Il trouve rapidement sa place parmi les cercles étudiants
les plus actifs : la « Société des Joyeux » et le
«Cercle des Crocodiles». Il en devient le dessinateur attitré
et s’initie avec talent à la lithographie.
1853
Rops s’inscrit à « l’atelier libre Saint-Luc »,
un autre des centres de ralliement de la bohème bruxelloise où
s’échangeaient les idées d’avant-garde et mûrissaient
les ferments du réalisme. Il y rencontre Artan, Dubois, Charles De Groux,
Constantin Meunier…, futurs tenants du réalisme en Belgique.
1856
Depuis sa majorité, Rops dispose d’une bonne partie de l’héritage
de son père. Il en vit largement et fonde son propre hebdomadaire, «
L’Uylenspiegel, journal des ébats artistiques et littéraires».
Il regroupe ses lithographies en série, dont le titre général
correspond chaque fois à une thématique. Il finira par aborder
le domaine du politique, que semblait exclure le sous-titre du journal, et compose
des suites intitulées La Comédie politique, La Politique pour
rire. Un état d’esprit qui l’amènera à collaborer
avec « Le Grelot », « Le Corsaire » ou « Le Charivari
belge ». C’est pour ce journal qu’il produira La Médaille
de Waterloo (1858).
1857
Le 28 juin, Rops épouse Charlotte Polet de Faveaux, fille d’un
juge au tribunal de Namur. De ce mariage naîtront Paul (1858-1928) et
Juliette (1859 -1865). La famille se partagera entre Namur et le château
de Thozée, propriété des Polet de Faveaux dans l’Entre-Sambre-et-Meuse,
avant de se faire construire un hôtel avenue Louise à Bruxelles.
Cette même année, paraît dans le journal français
« Le Rabelais » un article élogieux consacré à
« L’Uylenspiegel » et à Rops lui-même. L’auteur
en est le célèbre journaliste, Alfred Delvau. Celui-ci s’activera
à introduire le jeune artiste belge auprès des « gens qui
comptent » à Paris.
1858
1858 Pour l’éditeur parisien Hetzel à Paris, Rops illustre
les Légendes flamandes de son ami et complice à « L’Uylenspiegel
», Charles De Coster. Il amorce ainsi un virage important dans sa carrière
en passant de l’illustration de journaux à l’illustration
de livres, délaissant progressivement la lithographie pour la gravure
à l’eau-forte.
1862
Rops cesse sa contribution à « L’Uylenspiegel ». Il
étudie l’eau-forte en autodidacte. A Namur, il fonde le «
Cercle nautique de Sambre-et-Meuse ».
1863
Rops réalise une de ses lithographies les plus célèbres
: Un Enterrement au pays wallon qui sera diffusée à Paris par
Cadart. Chef d’œuvre du réalisme et de la caricature, l’œuvre
rappelle L’Enterrement à Ormans de son aîné Gustave
Courbet. Par l’intermédiaire d’Alfred Delvau, il rencontre
l’éditeur français Auguste Poulet-Malassis qui s’attache
à promouvoir la réintroduction de l’eau-forte dans le livre
illustré. Leur collaboration sera fructueuse : 34 frontispices verront
le jour entre 1864 et 1871, essentiellement pour des ouvrages érotiques
des XVIIIe et XIXe siècles.
1864
Baudelaire est, je crois, l’homme dont je désire le plus vivement
faire la connaissance, nous nous sommes rencontrés dans un amour étrange,
l’amour de la forme cristallographique première : la passion du
squelette, avait écrit Rops à Auguste Poulet-Malassis. Baudelaire
visite Namur en mai et la rencontre sera fondatrice dans l’oeuvre du jeune
artiste belge. C’est également Poulet-Malassis qui introduit Rops
auprès de son futur maître ès eau-forte : le graveur parisien
Félix Bracquemond.
1866
Poulet-Malassis publie les Epaves, un recueil rassemblant les poèmes
censurés des Fleurs du Mal. Rops en réalise le frontispice et
conçoit, dans ce même « espace du rêve baudelairien
», La Mort au bal, La Mort qui danse et autres Mors syphilitica. Il illustre
par ailleurs un ouvrage phare de la littérature belge de langue française
: La Légende et les aventures d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak
de son ami Charles De Coster. A Paris, il rencontre Edmond et Jules de Goncourt,
auxquels il dédiera en 1867, sa Parisine, d’après Manette
Salomon, héroïne du roman des deux frères. Il s’immerge
de plus en plus dans le milieu littéraire de Paris qui le captive. Il
en deviendra en quelques années l’illustrateur le plus demandé.
1868
A Bruxelles, Rops participe activement à la fondation de la « Société
Libre des Beaux-Arts » dont il deviendra le vice-président. Ce
groupe d’artistes ne défend pas une esthétique clairement
définie mais, a pour but de réagir contre le dogmatisme qui serait
la négation de toute liberté et de tout progrès. Apte à
galvaniser les amitiés et les énergies, Félicien Rops entraîne
vers son Namurois natal les jeunes artistes et écrivains qu’il
fréquente dans les cercles d’avant-garde de la capitale. Il est
en effet un des pivots de la « Colonie d’Anseremme ». Il y
reviendra jusqu’en 1880 retrouver ses amis belges, s’adonner à
sa passion pour la botanique et peindre de nombreuses vues de la vallée
de la Meuse. La mer du Nord sera un autre de ses points d’ancrage dans
son pays natal. Celle-là est un peu ma maîtresse aimée,
écrira-t-il.
1869
Rops fonde, à Bruxelles également, la « Société
Internationale des Aquafortistes », qui a pour ambition de rénover
l’eau-forte en Belgique et de créer une chalcographie. Il accepte
de donner des leçons de gravure au château de Thozée où
il réside fréquemment avec sa famille. La suite des Pédagogiques,
passionnantes du point de vue technique, naîtra de cette initiative.
1874
Rops s’installe définitivement à Paris où il vit
avec Aurélie et Léontine Duluc, rencontrées six ans plus
tôt. Il nouera de nombreuses liaisons amoureuses, mais seuls ses rapports
avec ces deux soeurs, couturières de leur état, auront un caractère
durable. De Léontine, il a une fille, Claire qui épousera l’écrivain
belge Eugène Demolder en 1895. Aurélie mettra au monde le petit
Jacques en 1892, mais l’enfant ne vivra que quelques jours. Il voyage
en Norvège et en Suède et en ramène de nombreuses esquisses.
1877
Captivé par « l’impression psychologique de son temps »,
Rops s’attache à peindre « ce qu’il sent avec ses nerfs
et voit avec ses yeux » des vices et des passions modernes. Fort de cette
approche « réaliste » de la société, il composera
entre 1875 et 1882 : Le Bouge à matelots, Le Gandin ivre, L’Attrapade
, La Dèche... D’une pérégrination aux antres malsains,
il ramène une saisissante Buveuse d’absinthe dont il déclinera
la fulgurance en plusieurs versions. Il découvre la Bretagne.
1878
Année d’intense création artistique. Rops explore de nouvelles
voies dans le domaine du dessin. Il travaille au Scandale et réalise
deux de ses chefs-d’oeuvre: La Tentation de Saint- Antoine et Pornocratès.
A la peinture réaliste et psychologique de la prostitution qui l’avait
retenu jusque là, succède ainsi une vision allégorique
et ironique de l’emprise du sexe sur la réalité humaine.
La suite des quatre Dame au pantin, réalisée de 1873 à
1890 en sera un autre exemple. C’est aussi l’année où
Rops entame pour un bibliophile parisien, Jules Noilly, la réalisation
des Cent légers croquis sans prétention pour réjouir les
honnêtes gens. Il y déclinera ce fameux « demi-nu moderne
» dont il est l’inventeur.
1879
Rops réalise des croquis de mode pour la Maison Duluc et grave des planches
avec dessins marginaux, très recherchées des amateurs d’estampes.
Il se rend en Hongrie. Des notes de voyage qu’il aurait dû publier
dans Le Figaro, il ne reste que des feuilles éparses avec textes et croquis
: Les Ropsodies hongroises.
1880
Il découvre l’Espagne d’où il ramènera des
vues de Tolède, de Séville, de Madrid, de Grenade... Ce voyage
lui inspirera également La Dernière Maja et Perle d’Alabaceyn.
Fait exceptionnel chez cet artiste épris de confidentialité, il
expose plusieurs de ces études au Cercle des Arts de la rue Vivienne
à Paris.
1881
Rops entame une collaboration qui durera plus ou moins deux ans avec la maison
d’édition belge Gay et Doucé, pour laquelle il réalisera
treize frontispices d’inspiration « cythéréenne ».
Les Rimes de joie de Théodore Hannon paraissent au terme de longues années
où Rops a tardé à en réaliser l’illustration
tout en influençant leur conception. La préface est de Joris-Karl
Huysmans. Rops travaille aussi pour Henry Kistemaeckers, dans une même
veine bibliophilique.
1882
Rops compose la suite saisissante des Sataniques : cinq dessins aquarellés,
préludes à la série de gravures avec texte de l’artiste
que commentera Joris-Karl Huysmans dans Certains. Joséphin Péladan
les qualifie de poème de la possession de la femme par le diable, où
Rops s’élève jusqu’à Dürer en étant
Rops plus que jamais.
1883
Fondation à Bruxelles du « Groupe des XX ». Rops, considéré
comme le chef de file de l’avant-garde belge, est invité à
y participer. Joséphin Péladan publie un premier texte sur Rops
dans L’Esthétique au Salon de 1883. D’autres suivront. L’auteur
définit l’art de Rops selon une formule devenue célèbre
: L’Homme possédé de la femme, la Femme possédée
du Diable. A cette époque, délaissant la peinture stricte de la
vie moderne, Rops poursuit la réflexion entamée avec Les Sataniques
et se tourne vers un art symbolique. Deux des frontispices qu’il réalisera
pour Péladan seront révélateurs de ce changement : Le Vice
suprême et L’Initiation sentimentale. A l’initiative de Péladan,
Rops rencontre Jules Barbey d’Aurevilly pour lequel il illustre Les Diaboliques,
une suite qui procède de la même réflexion esthétique.
1884
Rops acquiert la propriété-refuge de la Demi Lune à Corbeil
Essonnes, en bords de Seine, aux portes de la forêt de Fontainebleau.
1886
Pornocratès fait scandale à l’exposition des XX. Rops exposera
à ces mêmes cimaises en 1887, 1889 et 1893. C’est à
cette époque que débute sa collaboration avec le graveur liégeois
Armand Rassenfosse. Ensemble, ils chercheront de nouvelles techniques de gravure
et inventeront un venis mou transparent, le « ropsenfosse ».
1887
Rops effectue un voyage aux Etats-Unis en compagnie des soeurs Duluc qui prospectent
le marché américain pour leur maison de couture. Il se rend à
New York, Baltimore, Chicago, Ottawa, Montréal, Québec... Rops
ne donnera aucune suite au projet de rédaction d’un guide intitulé
Strange America, dont il parle pourtant abondamment lors de son périple.
1888
Paul Verlaine lui demande de concevoir le frontispice de Parallèlement.
Ce n’est qu’en 1896 et pour illustrer Chair, que Rops répondra
à la demande. Rops dont la santé se fragilise, travaille de plus
en plus dans l’atmosphère paisible de la Demi-Lune, sa propriété
d’Essonnes près de Paris. Il y donne libre cours à sa passion
pour la botanique et crée de nouvelles variétés de roses.
La peinture lui apparaît comme un refuge.
1896
Une rétrospective de ses oeuvres est programmée à l’Hôtel
Drouot, parallèlement à la sortie de presse du numéro spécial
qui lui est consacré par la revue La Plume.
1896-1897
Rops expose à Bruxelles, à La Libre Esthétique.
1898
Rops meurt le 23 août, dans sa propriété de la Demi-Lune,
entouré de Léontine, Aurélie, Claire et ses amis les plus
intimes.